QUAND LA PREMIÈRE TOUCHE NE SUFFIT PAS
Lundi 12 août 2024
Semaine 7 : Enseigner aux disciples: 1ère partie
Thème
général : L’évangile de Marc
Texte à méditer : L'aveugle leva les yeux et dit : « Je vois les gens, ils sont comme des arbres que je vois marcher » (Marc 8 : 24 NFC).
La vue est un don inestimable, que beaucoup considèrent comme acquis jusqu'à ce qu'une menace vienne l'ébranler. Pour ceux qui ont subi un décollement ou une déchirure de la rétine, la perspective de perdre la vue, ne serait-ce que d'un seul œil, s'avère profondément dévastatrice. Grâce aux avancées remarquables de la chirurgie vitréo-rétinienne moderne, ces personnes ont pu recouvrer la vue et, loin de la considérer désormais comme acquise, elles continuent à consulter leur chirurgien pour des contrôles réguliers. Cette expérience personnelle de perte et de restauration visuelle a intensifié chez elles l'appréciation des miracles relatés dans les Écritures.
Le passage de Marc 8:22-26 raconte l'histoire de la guérison d'un aveugle à Bethsaïda. Dans ce récit, Jésus guérit un homme en deux étapes : d'abord, après avoir mis de la salive sur les yeux de l'aveugle et posé ses mains sur lui, l'homme commence à voir, mais de manière floue (« Je vois les hommes, car je les vois comme des arbres, et ils marchent »). Puis, après une deuxième intervention de Jésus, l'homme recouvre une vue claire et parfaite.
Les Évangiles rapportent un certain nombre d’aveugles guéris par Jésus. Outre ce passage de Marc 8 :22-26, Bartimée l’aveugle fut guéri comme indiqué dans Marc 10:46-52. Matthieu fait référence à deux aveugles (Mt 20:29-34), et Jean 9 raconte l’histoire de la guérison par Jésus d’un aveugle de naissance qui alla se laver dans la piscine de Siloé. Cette histoire dans Marc 8, cependant, est unique. Elle n’apparait que dans Marc, et c’est le seul miracle de Jésus qui ait nécessité deux actions pour apporter une guérison parfaite. Pourquoi deux touches étaient-elles nécessaires ?
1. La demande de guérison
Dans Marc 8:22,
il est mentionné que des gens ont conduit un aveugle auprès de Jésus,
sollicitant de lui qu'il le touche pour le guérir. Ce détail souligne que la demande de guérison n'émane pas directement de
l'aveugle, mais de ceux qui l'entourent. L’initiative de ces
personnes témoigne de leur foi en la puissance de guérison de Jésus, et de leur
sollicitude pour l'aveugle, qu’ils espèrent voir recouvrer la vue.
2. Le geste singulier de Jésus
Jésus choisit de conduire l’aveugle hors du village (Marc 8.23-24), un acte qui peut être interprété comme un appel à un acte de foi de la part de l'aveugle. En s'éloignant de la foule, Jésus crée un espace de confiance et d’intimité, où l'aveugle, bien qu’initialement conduit par d'autres, doit maintenant faire preuve de sa propre confiance en celui qui le guide. Il est également notable que Jésus applique de la salive sur les yeux de l'aveugle avant de lui imposer les mains, un geste que les Évangiles ne rapportent pas comme habituel dans les miracles de Jésus. Cette singularité pourrait suggérer une dimension symbolique ou pédagogique, destinée à accroître la foi non seulement de l'aveugle, mais aussi de ceux qui ont observé la scène.
3. Les attentes de Naaman
En lisant 2
Rois 5:9-11, on découvre que Naaman, un lépreux, s’attendait à une guérison
spectaculaire, où le prophète Élisée aurait accompli des gestes
impressionnants. Jésus voudrait-il donner un peu de spectacle à cet aveugle ?
Cette attente d'un « spectacle » révèle une conception erronée du miracle, où
la mise en scène prend le pas sur la foi en la puissance de Dieu. Ce passage
met en lumière l'importance de la foi simple et humble, sans l'attente de manifestations
grandioses.
Lorsque
Jésus pose ses mains sur l’aveugle, celui-ci commence à percevoir les formes,
mais de manière imprécise : il voit les hommes
comme des arbres qui marchent (Marc 8:24). Cette description suggère
que la guérison n’est pas encore totale, et ceux qui connaissent les
difficultés de la mauvaise vision comprendront aisément cette perception floue.
Cette étape intermédiaire pourrait signifier que la guérison spirituelle, tout
comme la physique, peut nécessiter un
processus graduel de clarification.
Dans Marc
8:25, Jésus procède à une seconde imposition des mains, après quoi la vue de
l'aveugle est complètement restaurée. Cette progression inhabituelle n'indique
en rien un manque de puissance de la part de Jésus, mais plutôt un processus
qui pourrait viser à renforcer la foi de l'aveugle ou à illustrer une leçon
spirituelle plus profonde. Il s’agit plus
probablement d’une parabole jouée, illustrant comment la perspicacité
spirituelle prend parfois du temps à se déployer. Il est
possible que Jésus ait choisi cette méthode pour démontrer que la foi et la
compréhension spirituelle s’acquièrent parfois par étapes, nécessitant
persévérance et confiance renouvelée. Cette
interprétation est confirmée par le modèle littéraire de cette section de Marc 8:22-10:25, où la formation des disciples sur la
mort et la résurrection à venir de Jésus est marquée par la guérison d’un
aveugle au début et à la fin de la section. La restauration de la vue devient une métaphore de la
perspicacité dans le discipulat.
Enfin, dans Marc 8:26, Jésus enjoint à l’homme guéri de ne pas retourner dans le village, ce qui peut suggérer un désir de maintenir un certain secret autour du miracle. Cela s’inscrit dans un motif récurrent chez Jésus, qui demande souvent à ceux qu'il a guéris de ne pas divulguer ce qu'il a fait, évitant ainsi l'enthousiasme populaire qui pourrait détourner l’attention de son véritable message. Ce passage de Marc 8 marque le tournant du livre. Trois caractéristiques confirment cette affirmation. Premièrement, Jésus avait interrogé Ses disciples sur Son identité, ce qu’Il n’avait jamais fait auparavant : « Qui dit-on que je suis ? » Deuxièmement, Pierre était la première personne non possédée par un démon à déclarer que Jésus est le Messie. Troisièmement, immédiatement après cette révélation de l’identité de Jésus, Il commença à expliquer là où Il allait, c’est-à-dire, à la croix.
Pourquoi Jésus avait-Il dit à Ses disciples de ne dire à personne qu’Il est le Messie? Cela semble être contreproductif pour l’établissement du royaume de Dieu. Cependant, à l’époque de Jésus, le « Messie » avait des connotations politiques de renversement de la domination romaine. Jésus n’était pas venu pour être ce genre de messie; d’où Son appel au silence sur Son identité. L’éloignement initial de l’aveugle hors du village, ainsi que l’ordre de ne pas y retourner, semblent indiquer que Jésus cherchait à éviter une diffusion prématurée de sa réputation, préférant que la foi s’enracine de manière plus profonde et personnelle chez les témoins de ses actes.
Ce n'est pas
une coïncidence si la guérison en deux étapes de l'aveugle précède la
discussion cruciale sur l'identité de Jésus. La proclamation de Pierre, « Tu
es le Christ, le Messie », est une révélation profonde. Pourtant, Jésus
reconnaît que la compréhension du Messie par Pierre est encore enracinée dans
le concept juif d'un royaume terrestre. La perception spirituelle de Pierre revenait à voir « les
hommes comme des arbres qui marchent ». Jésus avait une révélation
spirituelle plus profonde à transmettre, une vérité que les disciples auraient
du mal à accepter. L'illumination
spirituelle n'est pas une illumination soudaine, mais un processus graduel de
croissance et de maturation.
Cela soulève une question cruciale : Sommes-nous satisfaits d'une perspective spirituelle limitée, percevant les « hommes comme des arbres qui marchent », ou aspirons-nous à ce que Jésus touche à nouveau nos yeux et nous accorde la clarté d'une vision spirituelle parfaite?
Bonne
journée sous l’aile bienveillante de l’Éternel
!
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