UN ARBRE MAUDIT 

 

Mardi 27 août 2024

Semaine 9 : Controverses à Jérusalem

Thème général : L’évangile de Marc

 

Texte à méditer : «  Que jamais personne ne mange de ton fruit! » ( Marc 11:14).

 

Le passage de Marc 11:12-26, soumis à notre méditation en ce jour, relate deux événements majeurs, intimement liés : la malédiction du figuier (Marc 11:12-14, 11:20-21) et la purification du temple (Marc 11:15-19). Pourrions-nous dire, dans une perspective contemporaine : un arbre stérile et une église mercantile ? L’histoire s’achève par une leçon sur la foi, la prière et le pardon (Marc 11:22-26).

 

Ces deux histoires constituent la quatrième histoire racontée selon la méthode narrative d’entrelacement dans Marc (voir la semaine 3). Dans de telles histoires, l’ironie dramatisée se produit avec des personnages parallèles faisant des actions opposées ou des personnages opposés faisant des actions parallèles. Dans cette histoire, le figuier et le temple sont parallèles. Jésus maudit l’arbre mais purifie le temple, actions opposées. 

 

Afin de traiter chaque partie de manière approfondie et d'en tirer des enseignements spirituels pertinents, il est judicieux de présenter cette réflexion en deux sections distinctes. Dans cette première partie, nous nous pencherons sur la malédiction d'un arbre. Par la suite, dans un document complémentaire, nous examinerons la question de la malédiction du temple. Toutefois, il est important de garder à l’esprit que l’ordre du récit biblique fait partie de l’action de l’Esprit saint.

 

Le matin, venant de Béthanie, à seulement trois km de Jérusalem, Jésus eut faim. Apercevant un figuier qui avait un bon feuillage, Il s’y rendit dans l’espoir de trouver quelques fruits précoces. Cette action ne serait pas considérée comme un vol, car selon la loi de l’Ancien Testament, on pouvait manger de la nourriture du champ ou du verger d’un voisin pour apaiser sa faim (Lév 19:9 ; 23:22, Deut. 23:25). Mais Il ne trouva aucun fruit et dit à l’arbre: « Que jamais personne ne mange de ton fruit! » (Mc 11:14). C’était une action très étrange et atypique pour Jésus.

 

Pauvre figuier ! Pourquoi Jésus cherche-t-il des figues alors que ce n’est pas la saison des figues ? Pire encore, pourquoi Jésus maudit-il un figuier parce qu’il est comme tous les autres figuiers ? Et ce n’est même pas son figuier (Marc 11.12-14) ! La malédiction du figuier semble d'abord surprenante, voire injuste, puisque l'arbre ne pouvait pas produire de fruits hors saison.

 

En relisant Marc 11:13, il est important de noter que le texte précise que le figuier avait des feuilles. Cette mention est-elle significative ? Selon plusieurs exégètes, la présence de feuilles sur un figuier suggère normalement qu’il devrait y avoir de la nourriture, même si ce ne sont que des « bourgeons », lesquels sont comestibles.

 

La suite de l’histoire du figuier revêt également une importance particulière. Le lendemain matin, en retournant à la ville (Mc 11:20-21), les disciples furent surpris de voir le figuier séché jusqu’aux racines. Pourquoi cela est-il pertinent ? L’observation de l’arbre desséché dès le lendemain est surprenante, car on ne s’attend pas à un tel phénomène immédiat. Il s’agit ici d’un miracle de nature négative, où la puissance divine se manifeste de manière inattendue et solennelle. Le figuier représente plus largement ceux qui prétendent être spirituellement vivants (en feuilles) mais qui ne portent pas de fruits (qui ne manifestent pas la foi authentique et la justice). La malédiction du figuier est un avertissement contre l'hypocrisie religieuse : l'apparence de piété sans les œuvres qui devraient en découler. Jésus souligne ainsi l'importance de la foi vivante et fructueuse, en contraste avec une religion stérile.

 

 Dans Marc 11:22-26, Jésus profita de l'occasion pour enseigner une leçon essentielle sur la foi, la prière et le pardon, en expliquant les événements précédents,  à savoir : la malédiction de l’arbre et la purification du temple.

 

« Jésus prit la parole, et leur dit: Ayez foi en Dieu » (Mc 11:22). À la lecture de ce passage, une question peut se poser : cela peut-il sembler étrange ? Pourquoi Jésus, en cherchant à encourager la foi en Dieu, détruirait-il un arbre pour illustrer son point ? Cependant, il est crucial de comprendre le contexte de cet acte. Ce geste va au-delà d'une simple démonstration de foi. En effet, le contexte révèle une symbolique plus profonde : Jérusalem, semblable à un arbre « feuillu », exhibe les signes extérieurs de la présence du message de Dieu. Pourtant, en réalité, la ville est sur le point de rejeter et de tuer son propre Messie, prouvant ainsi qu’elle ne porte pas le fruit attendu. Comme l'histoire le montre, peu de temps après ces événements, Jérusalem fut effectivement détruite, confirmant l’avertissement symbolique que constituait la malédiction du figuier.

 

« Je vous le dis en vérité, si quelqu'un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute point en son coeur, mais croit que ce qu'il dit arrive, il le verra s'accomplir » (Mc 11:23). Dans Marc 11:23-24, l'enseignement de Jésus évoque des images saisissantes : tuer des arbres, renverser des montagnes. Une réflexion s'impose : nos prières doivent-elles nécessairement se concentrer sur des choses positives ? L'argument en faveur des prières portant sur des réalités positives repose sur l'idée que l'arbre maudit sert d'exemple pour transmettre un enseignement crucial, tandis que les montagnes sont souvent perçues comme des métaphores des défis de la vie.

 

Une question se pose alors : quelle est la condition pour qu'une prière soit exaucée ? Le texte semble indiquer qu'il faut croire que l'on a déjà reçu l'exaucement de sa prière. Cette déclaration apparaît sans condition, ce qui amène certains à « commander » des miracles, suivant apparemment l'exemple de Jésus. Cependant, cette interprétation soulève des interrogations. Le Bible Knowledge Commentary suggère que cette promesse est conditionnelle à ce que la prière soit en harmonie avec la volonté de Dieu, bien que le texte lui-même ne le mentionne pas explicitement.

 

Pour approfondir cette réflexion, il convient de se tourner vers Marc 14:35-36, où Jésus, dans son agonie à Gethsémané, demande s'il est possible d'être épargné de la souffrance à venir. Cette demande pose une question fondamentale : Jésus aurait-il pu demander à être délivré du fardeau de la torture et de la mort ? La promesse de Marc 11:23-24 semble inconditionnelle à première vue, mais un chrétien avisé comprend que Dieu est le meilleur juge de ce qui est bon et nécessaire. Plutôt que de chercher à contourner la volonté divine, il est sage de prier pour des réponses conformes à cette volonté, sans tenter d'« imposer » un résultat spécifique.

 

Jésus souligne également l'importance du pardon dans la prière : « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » (Marc 11:25-26). Cet enseignement relie la foi à l'action, montrant que la prière efficace ne peut exister sans une foi sincère et un cœur réconcilié.

 

Puisse cette journée s'écouler sous la douce bienveillance de l'Éternel !

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