UN SILENCE EMBARRASSANT
Jeudi 15 août 2024
Semaine 7 : Enseigner aux disciples : 1ère partie
Thème général : L’évangile de Marc
Texte à méditer :
« Le silence était assourdissant - ils s'étaient disputés pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand » (Marc 9:34 - The Message Bible).
Le récit évangélique de Marc 9:30-32 dévoile une scène empreinte de mystère et d'incompréhension. Précédemment, Jésus avait explicitement annoncé sa mort et sa résurrection (Marc 8:31), suscitant ainsi la réprobation de Pierre qui n'avait pu accepter une telle perspective. Or, dans Marc 9:30-32, Jésus réitère cette prédiction, en indiquant pour la première fois que le Fils de l'homme sera "livré entre les mains des hommes," ce qui suggère une trahison, un détail qui n'était pas présent dans la première prédiction. Toutefois, les disciples, pris de crainte, se trouvent incapables de saisir le sens de ses paroles et n'osent poser de questions. Cette attitude n'est pas sans rappeler des situations courantes où l'esprit humain se refuse à accepter les nouvelles difficiles, où l'incompréhension et le déni prennent souvent le pas.
« Lorsqu'il fut dans la maison, Jésus leur demanda : De quoi discutiez-vous en chemin ?
Mais ils gardèrent le silence » (Mc 9:33).
Dans
la maison, Jésus s'enquit de leur conversation sur le chemin. Aucun ne
répondit, révélant ainsi leur malaise évident face à la question, à l'instar
d'enfants surpris en flagrant délit d'une action qu'ils savaient répréhensible.
Il est courant de
se retrouver dans des circonstances où il est plus judicieux d'éviter de
revenir sur certains sujets récemment abordés. Les disciples, dans leur
conception erronée du Royaume de Dieu, persistaient à croire qu'il s'agissait
d'un royaume terrestre, dirigé par une élite de puissants. Dans cette optique, ils avaient constitué un sous-comité ad-hoc, à l'abri des
regards de Jésus, pour se répartir les rôles d'influence. Cette
situation n'est pas sans rappeler certains comités de nomination auxquels il nous
est arrivé de participer. Connaissant les pensées qui agitaient leurs esprits,
Jésus entreprit alors de leur enseigner qui, dans le Royaume de Dieu, est
véritablement grand.
Dans Marc 9:33-34, il apparaît que les disciples se perçoivent comme destinés à une grandeur certaine. Cette
aspiration à la grandeur pourrait-elle expliquer leur difficulté à accepter
l'annonce de la mort imminente de Jésus ? On pourrait se demander si d'autres aspects de la vie chrétienne
ne sont pas également touchés par cette même incapacité à comprendre. Il n'est
pas rare que la vérité biblique, si contraire à nos propres ambitions et
attentes, soit d'abord incomprise, puis
évitée par crainte de remettre en question nos convictions les plus chères.
« Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » En lisant cet extrait de Marc 9:35, on ne voit nulle part Jésus reprocher à ses disciples leur désir de grandeur. Au contraire, il leur indique le chemin à suivre pour l'atteindre.
Pourtant, il est légitime de se demander si, en atteignant cette grandeur par le service, une personne se sentira véritablement "grande". Le paradoxe réside ici : tandis que l'on cherche à devenir grand pour être servi, Jésus dépouille cette quête de toute forme d'orgueil en redéfinissant la grandeur comme un service humble. Jésus illustre cette leçon dans Marc 9:36-37 en prenant un enfant comme exemple. « Accueillir » un enfant ne semble pas relever de la personnalité de celui-ci, mais plutôt du fait que l'enfant, en tant qu'être dépendant, ne peut offrir aucun retour tangible à celui qui le reçoit. Aider quelqu'un qui ne peut pas rendre la pareille incarne ainsi le véritable service.
Marc 9:38-40 aborde une autre facette de l'orgueil : les disciples croient détenir une exclusivité dans la proclamation de l'Évangile. Cette attitude reflète une tendance à s'arroger le monopole de la vérité.
Ce problème persiste de nos jours, où des membres de
diverses confessions religieuses continuent de croire que leur Église est la
seule à détenir la "vraie" vérité. Pourtant, le "reste"
mentionné dans Apocalypse 12:17 est défini par la foi et les actes des
croyants, et non par l'appartenance à une dénomination spécifique. "Celui qui n'est
pas contre nous est pour nous", enseigne Jésus.
Nous nous laissons parfois emporter par le désir de défendre nos positions doctrinales et nos interprétations bibliques plutôt que de comprendre comment nous devons servir les autres. L'une des scènes les plus poignantes de l'histoire de la crucifixion est celle où Jésus lave les pieds des disciples et même là, ils continuaient à se disputer et à se positionner pour être grands dans le royaume. Si nous voulons vivre l'Évangile avec succès, peut-être devrions-nous apprendre à laver les pieds des autres.
Enfin, dans Marc 9:41, Jésus poursuit son enseignement en passant de l'exorcisme à l'acte modeste de donner un verre d'eau. Auparavant le problème était de chasser les démons, maintenant c’est de donner un verre d’eau à boire. Par là, il montre que toute action, aussi insignifiante soit-elle, qui contribue à la progression de l’évangile, sera récompensée.
L’idée biblique de la grandeur, telle que présentée par Jésus, est fondamentalement opposée à l’idée du monde. Dans les Évangiles, Jésus enseigne que la véritable grandeur ne réside pas dans le pouvoir, la richesse, ou la reconnaissance, mais plutôt dans l'humilité, le service, l’amour et le sacrifice de soi pour les autres. Viser la grandeur biblique signifie embrasser une vie centrée sur le service de Dieu et des autres, suivant l’exemple de Jésus-Christ. Cette approche peut paraître paradoxale, car elle va à l'encontre des valeurs dominantes de la société. C'est un choix qui demande courage et abnégation, mais qui conduit à une vie pleine de sens et de vraie grandeur aux yeux de Dieu.
Il est parfois avancé que l'aspiration à être le plus grand n'est pas universelle, certains préférant servir discrètement sans chercher à occuper des positions de pouvoir. Cette modestie ne signifie pas pour autant une indifférence totale à la reconnaissance de leurs efforts, mais simplement une absence de besoin de surpasser leurs pairs en termes de statut. Cependant, il est important de noter que le désir de reconnaissance, même dans un rôle discret, peut être proche de celui de la grandeur. Il est donc nécessaire de s'examiner régulièrement, car il est facile de ne pas se rendre compte de ses propres motivations. Il a été observé que certains, bien qu'occupant des postes en coulisses, peuvent ressentir de l'irritation lorsqu'ils perdent ces positions, ce qui pourrait révéler un désir sous-jacent de statut, même s'il n'est pas exprimé ouvertement. Cette observation incite à une réflexion plus profonde sur la véritable nature de nos aspirations et de notre rapport à la reconnaissance et au pouvoir.
Soyez le plus grand ! Excellez dans l'art de prendre soin de ceux qui vous entourent. Si une récompense vous est destinée, que ce soit dans l'entrepôt céleste où les bonnes œuvres de foi sont précieusement consignées.
Bonne
journée sous le bienveillant regard
de l’Éternel !
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