DES ENNEMIS ET UN AMI INOUBLIABLE
Lundi 09 septembre 2024/
Semaine 11 : Arrêté
et jugé
Thème
général : L’évangile de Marc
Texte à méditer : « Je vous le dis en vérité,
partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera
aussi en mémoire de cette femme ce qu'elle a fait » (Mc 14: 9).
Le
passage de Marc 14:1-11soumis à notre réflexion ce jour est la première péricope, ou
section, du chapitre. Dans ce texte, Marc introduit deux scènes avec trois
personnages ou groupes de personnages principaux : (1) les principaux sacrificateurs
et les scribes, (2) une femme non identifiée, et (3) les disciples et Judas
Iscariot.
Les
responsables juifs cherchent à arrêter Jésus et à le mettre à mort de manière
furtive (Marc 14:1-2). Cette volonté découle de la perception que Jésus
représente une menace pour l'ordre politique et religieux établi. Comme le
montre Jean 11:47-48, ils craignent que son influence grandissante ne
compromette leur position et leur pouvoir. Leur désir d’agir dans la discrétion
s'explique par le fait qu'ils s’opposent à la volonté populaire, une caractéristique
courante des tyrans, qui utilisent le
système « judiciaire » à des fins répressives hors de la vue du
public. Leur volonté est la preuve de la corruption
des dirigeants du temple et de ses services. Jésus avait raison quand Il leur
dit: « vous en [le temple] avez fait une
caverne de voleurs » (Mc 11:17). Leur désespoir de Le mettre à mort, à n’importe quel
prix, était si grand qu’ils eurent recours au financement de l’un des membres
de Son propre cercle intime pour atteindre leurs objectifs.
Le deuxième personnage est une femme non identifiée
qui était prête à dépenser une quantité exorbitante de son propre capital pour
Jésus. En contraste
total avec les chefs religieux, elle choisit d'honorer Jésus en versant sur sa
tête un parfum précieux (Marc 14:3). L’acte de cette femme, bien que
critiqué, est considéré par Jésus comme noble et digne.
Elle
avait acheté un parfum très couteux pour oindre la tête et les pieds de Jésus.
Les disciples estimaient que le parfum valait une grande somme d’argent, plus
de 300 deniers (Mc
14:5). Un denier était la monnaie romaine de base : «
Il semble qu’un denier soit égal au salaire d’une journée complète pour un
ouvrier moyen (Matthieu 20:1-16). » (Lee Martin McDonald, “Money in the
New Testament Era,” Grand Rapids, MI: Baker Academic, 2013, p. 573.) Ayant en vue ce contexte, nous pouvons déduire que la femme avait
dépensé un montant équivalent à un salaire de près d’une année de travail.
Jésus qualifia le geste de la femme de « beau »,
malgré les réprimandes émises par certains, qui estimaient que la valeur du
parfum aurait pu être utilisée pour les pauvres (Marc 14:4-6). Il est
fréquent d'entendre des reproches similaires sur la manière dont autrui gère
ses finances, notamment en termes de donations ou de dépenses considérées comme
superflues.
Jésus
réplique aux critiques des « rabat-joie » en rappelant que les pauvres seront
toujours présents et qu’il sera toujours possible de leur venir en aide (Marc
14:7-9). Quant à la femme, il souligne que son geste prophétique prépare
son ensevelissement et qu’il sera mémorable/inoubliable
dans l’histoire de la proclamation de l’Évangile.
Les personnages de la troisième scène,
comme nous l'avons observé, sont les disciples et Judas. Bien que l'argent ne leur appartînt pas, ils avaient néanmoins reproché à la femme son geste
et l'avaient discréditée pour avoir offert ce don à Jésus. À la lecture
de Marc 14:10-11 et Marc 14:43-46, il apparaît que certains disciples manquaient de
loyauté envers Jésus. Judas
était disposé à accepter de l'argent pour livrer Jésus à ceux qui complotaient
Sa mort. L'Évangile de Marc ne fournit pas de détails sur la négociation
concernant le prix de cette trahison. Les informations dont nous disposons à ce
sujet proviennent de l'Évangile de Matthieu. En effet, selon Matthieu, Judas
s'adressa aux principaux sacrificateurs en ces termes : « Que me donnerez-vous, et je vous le
livrerai ? » Et ils lui remirent
trente pièces d'argent » (Matthieu 26:15).
L’acte de
Judas, bien qu’il semble illogique, peut s'expliquer par son désir de
précipiter les événements, croyant que forcer Jésus à agir lui vaudrait une reconnaissance
ultérieure. Si
Judas croyait, comme les autres disciples, que Jésus allait instaurer un
royaume, pourquoi aurait-il vendu cet avenir
prometteur contre une petite somme d’argent ? Si Judas
partageait la croyance des autres disciples, que Jésus allait instaurer un
royaume terrestre (voir Actes 1:6), sa trahison ne se résume pas à une simple
transaction financière, mais à une tentative de
manipulation de la situation pour ses propres intérêts. Il avait vu le
pouvoir de Jésus et pensait que s’il forçait Jésus à prendre le pouvoir
maintenant Jésus le remercierait plus tard.
La somme payée par les principaux
sacrificateurs et acceptée par Judas était inférieure à la somme payée par la
femme pour le parfum. En résumé, une femme seule avait payé environ 300 deniers
pour oindre Jésus avec du parfum en guise de mémorial, tandis que Judas n’avait
accepté que 120 deniers pour Le trahir. L’écart en dit long. Cela montre à quel
point Judas et les disciples qui sympathisaient avec
son point de vue appréciaient peu leur Maitre.
Pouvez-vous imaginer le tollé qu'il y aurait si, de nos jours, une
femme aspergeait un homme de parfum Roja Haute Delux (4500 dollars les 100 ml)
lors d’un déjeuner communautaire à l’église ? Il y aurait sans aucun doute une
grande indignation, suivie d’une réunion du comité d’église, puis d’une
assemblée générale, et sans doute de quelques sermons sur la responsabilité
financière et sur ce qui constitue un comportement exemplaire en public pour de vrais chrétiens.
Il est
évident que l’événement décrit dans ce tableau a dû être choquant, même à
l’époque de Jésus. Si l’on lit les autres récits et que l’on rassemble tous les
éléments, on découvre que les participants se connaissaient tous. Simon le
lépreux était le père de Judas Iscariot (Jean 12:4). La femme qui a oint les
pieds de Jésus était Marie, la sœur de Lazare, dont la réputation était celle
d’une pécheresse (Luc 7).
La
conversation qui a suivi cet événement a apporté des leçons difficiles aux
participants. Simon le lépreux avait clairement un motif caché en
organisant ce festin, cherchant davantage à en tirer un bénéfice personnel qu'à
être un hôte bienveillant. Judas, quant à lui, feignait l'indignation face à ce
qu'il percevait comme un gaspillage d'argent, mais pensait en réalité à ce
qu’il aurait pu en retirer si cet argent était passé entre ses mains. Les
spectateurs, choqués par l’inconvenance du comportement de la femme et par la
tolérance et la compréhension de Jésus à son égard, ont été interpellés par cette
scène. Bien que cet événement soit lié aux préparatifs de la crucifixion, il ne
faut pas négliger que Jésus a pris ce que beaucoup d’entre nous considéreraient
comme une démonstration d’affection inappropriée et l’a transformée en un
moment de salut. « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent
au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux
qui sont appelés selon son dessein » (Rom. 8 :28).
Le parfum de nard de Marie a traversé les siècles comme un rappel de la
mission de l’église. Nous sommes
appelés à donner de la valeur aux personnes au nom de Jésus. Voilà le parfum le
plus doux, et il est inestimable.
Bonne journée sous
l’aile bienveillante de l’Éternel !
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