LA CÈNE 

 

Mardi 10 septembre 2024

Semaine 11 : Arrêté et jugé

Thème général : L’évangile de Marc

 

Texte à méditer : « Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs » (Marc 14:24).

 

Les disciples savaient, lorsqu'ils se réunirent pour le repas de la Pâque, que quelque chose était sur le point de se produire. Ils espéraient dans leur cœur que la prophétie messianique s'accomplirait. Mais ils étaient malheureux. Peu de temps auparavant, Jacques et Jean avaient sollicité l'aide de leur mère pour obtenir une place de pouvoir dans le royaume. Cela avait provoqué un mécontentement considérable parmi les disciples. Ces derniers jours, Jésus leur avait parlé de la souffrance et même de la mort. L'ambiance avait changé et ils savaient que la transition vers le nouveau royaume ne serait pas facile. Pour ne rien arranger, Judas Iscariot semblait plus furtif que d'habitude et certaines des conversations qu'il avait avec Jésus leur paraissaient incompréhensibles. Ils se réunirent pour le repas de la Pâque - un groupe d'hommes désunis, chacun ayant ses propres idées sur la façon dont il s'intégrerait dans le nouveau royaume.

 

Marc 14:12 précise qu'il s'agissait du premier jour de la fête des pains sans levain, jour où l'agneau pascal était sacrifié. Ce repas, qui eut lieu le jeudi soir, marqua pour Jésus l'institution d'un nouveau service commémoratif - la Cène (ou la Sainte Cène). Il s'agissait d'une transition significative, passant de la célébration de la Pâque juive, directement liée à la délivrance d'Israël de l'Égypte, à son accession au statut de peuple de l'alliance au Sinaï. Ce scellement de l'alliance est illustré dans Exode 24:8, où Moïse aspergea le peuple du sang des sacrifices en déclarant : « Voici le sang de l’alliance que l’Éternel a faite avec vous, selon toutes ces paroles. »

 

Il est remarquable de constater que, lors de la Sainte Cène instituée par Jésus dans ce passage, l'agneau pascal traditionnel n'est pas utilisé. Cette omission souligne le fait que Jésus lui-même est l'Agneau de Dieu (voir Jean 1:29). Il convient de lire les passages de Marc 14:12-13, Marc 14:16-17 et Marc 14:22-24, afin d'approfondir l'enseignement de Jésus concernant la Pâque. Dans ces versets, une explication est donnée par Jésus sur le symbolisme de la fête pascale, où il se présente lui-même comme l'agneau de la Pâque. Le pain de la Sainte Cène symbolise Son corps, tandis que la coupe représente le sang de la nouvelle alliance, tel que prophétisé dans Jérémie 31:31-34. Cette alliance nouvelle est scellée par le sang de Jésus, évoqué par ses propres paroles : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs » (Marc 14:24). Le repas pris avec les disciples devient une représentation symbolique de son corps et de son sang, établissant ainsi une nouvelle alliance.

 

Pourquoi Jésus donne-t-il cette explication à ce moment précis ? La question du choix du moment de l’explication de la Pâque mérite d'être soulevée. Il est essentiel de noter que l'intention première de Jésus est d'amener ses disciples à saisir pleinement la signification de sa mort imminente. Par cette explication, il souhaite leur révéler comment il accomplit le symbolisme ancestral de la Pâque, tout en surmontant leur réticence face à l'idée de sa mort, que certains disciples avaient jusqu'alors du mal à accepter.

 

Marc 14:25 introduit une autre déclaration significative : « Je vous le déclare, c'est la vérité : je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le règne de Dieu. » Par ces paroles, Jésus évoque, en partie, une promesse d'espérance eschatologique. En effet, l'idée sous-jacente est que les disciples partageront à nouveau un moment de communion avec lui dans le Royaume des Cieux, suggérant ainsi qu’ils auront une place dans ce festin céleste avec le Christ.

 

LA TRAHISON

La lecture de Marc 14:18-21 permet d’aborder la question de la désignation par Jésus de celui qui le trahira. Pendant qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : « Je vous le déclare, c'est la vérité : l'un de vous, qui mange avec moi, me livrera. » Ce geste peut être interprété comme une ultime opportunité offerte à Judas de se repentir. Jésus semble souligner que l’acte de Judas ne contribue pas à l’établissement du Royaume, mais constitue au contraire une trahison directe de sa mission.

 

Puis, au milieu de tout cela, Jésus prédit que Ses disciples L’abandonneraient tous. Il cita Zacharie 13:7, qui parle de l’épée frappant le berger (Jésus) et des brebis (les disciples) se dispersant. Dans Marc 14:26-28, la question de la loyauté des autres disciples est soulevée. Les disciples seront-ils, eux aussi, déloyaux envers Jésus ? Ce passage annonce un manque de fidélité de la part des disciples, soulignant la fragilité de leur engagement en ces moments cruciaux. Il serait pertinent de s’interroger sur l’état émotionnel que pourrait éprouver Jésus face à la connaissance de la trahison imminente. Un sentiment de solitude et de désillusion pourrait apparaître, étant donné l’incompréhension et la faiblesse morale des disciples. C’était un message dur et déprimant, mais Jésus ajouta une parole d’espérance, répétant la prédiction de Sa résurrection. Il ajouta aussi qu’Il précèderait les disciples en Galilée. 

 

Le récit de Marc se concentre sur la trahison de Judas. Mais chaque disciple est confronté aux événements de la semaine écoulée. L'entrée triomphale à Jérusalem, l'autorité dont Jésus avait fait preuve dans la cour du Temple, les conversations que Jésus avait eues avec eux au sujet de sa souffrance et de sa mort, leurs idées préconçues sur le royaume messianique. En l'espace de 24 heures, la vague se briserait sur le rivage de la crucifixion et ils seraient dispersés, leurs rêves et leurs espoirs anéantis. Chaque disciple devait se rendre compte qu'il avait trahi Jésus à sa manière.

 

Il convient également de se pencher sur la nature de la trahison des disciples par rapport à celle de Judas. Bien que tous manquent de loyauté, il est possible de distinguer la trahison préméditée et volontaire de Judas de l’abandon momentané, mais non planifié, des autres disciples. Il est notable que Pierre exprime une conviction particulière quant à sa propre fidélité (Marc 14:29). Il affirme qu’il ne trahira pas Jésus, même si les autres le font. Cette affirmation met en lumière un trait de caractère de Pierre, à savoir une grande confiance en lui-même, voire une certaine témérité.

 

Dans Marc 14:30-31, alors que Pierre proteste contre l'idée qu'il puisse trahir Jésus, les autres disciples sont également présents et écoutent ces paroles - Jésus lui répond : « Je te le déclare, c'est la vérité : aujourd'hui, cette nuit-même, avant que le coq chante deux fois, toi, tu m'auras renié trois fois. » Il est légitime de se demander si cette situation a pu provoquer chez Pierre un sentiment d’embarras, notamment face aux autres disciples qui sont témoins de cette prédiction sur son reniement futur.

 

La lecture du récit de la dernière Cène est étrangement inquiétante lorsque l’on se met à la place des disciples et que l’on pense à notre propre complaisance dans la croyance. Trahissons-nous Jésus nous aussi ? Nous rêvons du retour du Messie. Nous voulons que notre vision du monde soit justifiée et que notre vision de l'éternité s'avère correcte. Avons-nous besoin d'une expérience de cène pour ajuster notre vision de ce que signifie le retour de Jésus ?

 

Bonne journée sous l’aile bienveillante de l’Éternel !

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